L'épreuve du défrisage

« Se défriser c’est faire la preuve de son aptitude à devenir un sujet socialement adapté à un environnement désormais travaillé en profondeur par le modèle occidental ». 

Juliette Smeralada, docteur en sociologie.

L’EPREUVE DU DEFRISAGE

Une de mes premières motivations lors de mon investigation était de comprendre le parcours d’un coiffeur. Quelles étaient les études et motivations  pour devenir coiffeur. Un bon coiffeur est selon moi un coiffeur maîtrisant les techniques de coupes aussi bien sur cheveux secs que cheveux mouillés qu’ils soient fins, moyens, épais, frisés, raides, crépus.

                                                             > C’est quoi un bon coiffeur ?

Lors de ma reconversion, je me suis rendue compte que les cheveux bouclés, frisés à crépus n’étaient pas un sujet prévu dans le programme de formation. Pourtant lorsque je regarde la population, nous n’avons pas toutes les mêmes cheveux…

 > A propos, qui je suis, pourquoi ce site internet.

« J’ai hésité à arrêter les études de coiffure à ce moment-là… »

Durant l’enseignement, nous avons abordé le sujet des cheveux crépus au moment de l’épreuve du défrisage. Les cours de coupe et coiffage se font sur « une tête malléable » (tête en plastique pour apprendre à couper) avec des cheveux correspondants ‘aux normes esthétiques européennes’ c’est-à-dire pas trop fins, pas trop épais et raides. 

L’épreuve du défrisage est obligatoire. J’ai découvert à cette occasion, lors des entrainements de l’épreuve du défrisage, qu’il existait aussi des têtes malléables avec des cheveux crépus. Les élèves découvrent la matière crépue à cette occasion. On leur explique comment les défriser. Nous avons manipulé cette matière de cheveu uniquement avec des gants et pinceaux pour appliquer le produit chimique défrisant. 

« Le caractère systématique du défrisage se vérifie sans doute de manière plus évidente parmi les populations de femmes qui exercent un métier public, et il est fort probable que celles qui se défrisent continuent à se persuader que leurs cheveux ainsi transformés leur confèrent un certain prestige social ».

Juliette Smeralda

« Nous avons manipulé cette matière de cheveux uniquement avec des gants et pinceaux pour appliquer le produit chimique défrisant ». 

De nouvelles écoles spécialisées pour cheveux « afros » ouvrent leurs portes…un élève ayant l’envie d’apprendre le métier de coiffeur devra donc choisir entre une école traditionnelle ou une école « spécialisée »…J’ai grandi avec des messages publicités tels que : Les Cheveux crépus et frisés sont secs, ternes, cassants, difficiles à coiffer, malades… donc pour un grand nombre de personnes, l’idéal esthétique est d’avoir les cheveux lisses, ils représentent « les bons cheveux ».  

Quand je marche dans les rues de Paris, 80 % de la population afroeuropéene porte une perruque, des extensions de cheveux lisses (cheveux importés de pays comme l’Inde ). Où a recourt au défrisage. Ces femmes noires que je croise dans la rue avec des perruques de toutes les couleurs allant de raides à bouclés, sont un mimétisme inspiré du modèle caucasien. Convaincues souvent qu’elles disposent de la liberté du choix de ‘détruire’ ou ‘masquer’ la structure de leurs cheveux. Porter ses cheveux naturels crépus est encore vu aujourd’hui comme « une coiffure atypique », parfois même dans certains domaines professionnels pas du tout accepté.

Lire la suite > Dictature du cheveu lisse

 

Des témoignages pour s’identifier…

Rkhaya Diallo et Brigitte Sombié publient un recueil de portraits intitulé MON PARI AFRO,  particuliers ou célébrités, parisiens et parisiennes, qui portent leurs cheveux crépus au naturel. Un très beau livre, témoignages touchants et très enrichissants, photographies très agréables prises dans Paris,  livre à se procurer   !

 

 

 

Disponible sur Amazon

« Peau noire, cheveux crépus », un livre pour comprendre…

Ce livre m’a bouleversée humainement. Il a aussi contribué à un enseignement complémentaire et indispensable à mes études de coiffure. Je tenais à saluer comme beaucoup d’autres, le travail remarquable de Juliette Esmeralda.

Docteur en sociologie, Juliette Esmeralda revient sur l’histoire du peuple noir, les différentes stigmatisations que ce soit l’image de la femme aux cheveux longs, la féminité, les roux,  etc. 

Juliette Esmeralda rassemble également plusieurs années de recherches autour d’éléments bibliographiques, analyses  scientifiques, vidéos, livres, études d’historiens, sur l’histoire et le symbole puissant des cheveux à travers le temps. 

La sociologie de la dominance et l’interculturalité sont ses domaines de recherche. Peau noire cheveu crépu, l’histoire d’une aliénation, Éditions Jasor (2005) Disponible sur Amazon.

"La coiffure est un art, l'art d'être soi-même"

Soyez vous même, soyez naturels, c'est beau la diversité !

 

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